Dans un cas rare d'une réclamation du patrimoine culturel découlant de la vente d'objets américains à l'étranger, les Indiens Hopi d'Arizona ont demandé aux fonctionnaires fédéraux pour aider à arrêter une vente aux enchères des prix élevés de 70 masques sacrés à Paris la semaine prochaine.
suite de l'article ici ► the New York Times
Un tribunal rejette la demande de suspension d'une vente d'objets sacrés Hopi le 12 Avril 2013
Ils se sont arrachés pour un montant total de 931 435 € (frais compris) chez Drouot, contrairement aux récentes ventes d'art précolombien «fragilisées par les demandes de pays comme le Mexique ou le Pérou qui réclament la restitution des œuvres d'art et objets», selon une experte. Les acheteurs, venus très nombreux chez Drouot, n'ont pas hésité à enchérir, tendant leurs cartes de crédit, leur chéquier, pendant que le commissaire-priseur Daniel Dubois a osé une comparaison entre les yeux en forme de losange d'un des masques et le «logo de la régie Renault».
Devant lui aussi des visages attristés, comme celui de Jean-Patrick Razon, à la tête de Survival International France, une association de défense des peuples indigènes, à l'origine, avec les Hopis, de la procédure judiciaire. L'ambassadeur des Etats-Unis, Charles H. Rivkin a twitté en direct être «attristé d'apprendre que des objets culturels sacrés Hopi soient mis aux enchères aujourd'hui ».
«Comme si quelqu'un essayait de vendre la Torah»
«Ce ne sont pas de simples objets d'art, nous croyons qu'ils renferment l'esprit. C'est comme pour les Juifs, si quelqu'un essayait de vendre la Torah. On ressent la même chose pour ces Katsinam», a déploré Bo Lomahquahu, 25 ans, membre des Hopis et étudiant en lettres à Paris. Devant la salle des ventes, le jeune homme, dont le nom signifie «aigle merveilleux», a expliqué qu'il espérait encore qu'un acquéreur achète l'intégralité de la collection. «Ce sont vraiment des masques très importants que nous n'exposons pas en public, qui servent à nos rites de passage. Ils ne sont pas destinés aux musées», a-t-il ajouté.
A ses côtés, un défenseur du Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques exhibait un drapeau noir, rouge, jaune et blanc, «le drapeau du renouveau des nations indiennes».
La sœur de Joe Dassin achète un masque pour le rendre aux Hopis
Parmi les acheteurs, Alain Giraud, qui vient de traduire de l'anglais un livre écrit par le chanteur Joe Dassin (1938-1980) «Cadeau pour Dorothy» (Flammarion, 2013). Joe Dassin, a-t-il expliqué, était diplômé d'ethnologie aux Etats-Unis dans les années 60 et avait été adopté par une tribu Hopi. En accord avec la soeur du chanteur décédé, la Fondation Joe Dassin a acquis l'un des premiers masques à la vente, une «tête de boue» hopi des années 1910-1920 partie à 3700 €, qu'elle compte restituer à la tribu.
A midi, un juge du tribunal des référés avait maintenu la vente, estimant que ces masques avaient certes une «valeur sacrée» pour les Hopis, mais que cela n'en faisait pas pour autant des «biens incessibles». Dénonçant une «vision trop restrictive et mal fondée du droit», l'avocat français qui défendait les Hopi, Me Pierre Servan-Schreiber, s'est félicité cependant que cette affaire ait au moins eu le mérite de montrer une «très forte mobilisation» en faveur des Hopis. «C'est le début d'une réelle prise de conscience de l'opinion publique qui comprend que tout ne peut pas être acheté ou vendu, surtout pas quelque chose de si intime et sacré. Peut-être que dans dix ans nous gagnerons», a-t-il dit.


/image%2F0712080%2F20250113%2Fob_c317d7_quebec.jpg)