• LETTRE DU PRINTEMPS

     

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    LETTRE DU PRINTEMPS

    PAR LEONARD PELTIER1, SITE WEB LEONARDPELTIER.INFO

    (TRADUITE DE L'ANGLAIS PAR ISMÈNE TOUSSAINT)  

    Coleman, Floride, le 21 mars 2014 

    Salutations mes amis, mes parents, mes supporters et tous ceux qui soutiennent la cause de la liberté, non seulement pour les Autochtones d'Amérique, mais pour tous les peuples,

    Je sais qu'il est parfois difficile d'être engagé et de  le demeurer ; aussi, à tous ceux qui viennent de le faire, je tiens à vous remercier du fond de mon cœur jusqu'à la pointe de mon âme. Nous avons besoin de plus de gens, tout autour de la planète, qui se préoccupent non seulement de la liberté des autres, mais de nos générations futures et de l'état de la Terre que nous laisserons derrière nous.

    Je sais qu'il y a des prophéties, des prédictions et des croyances qui annoncent la fin de la vie telle que nous la connaissons ; et je voudrais vous dire que toutes ces affirmations ont été et sont faites pour notre bien, de manière à ce que nous choisissions un chemin différent.

    Dans le monde entier, il y a des gens qui cherchent à servir Dieu ou le Créateur ou le Grand Esprit ou peu importe le nom que vous attribuez à cette plus grande puissance qui nous donne la vie ; et je voudrais vous dire à ce point précis que notre plus grand ennemi n'est pas un quelconque être surnaturel avec des cornes et une longue queue ou quelque autre esprit macabre ; que notre plus grand ennemi à travers le monde, c'est la gourmandise, ce sont les gens qui veulent et prennent plus qu'ils n'ont besoin. Ça, c'est la cause de toutes les guerres, des invasions, des dictatures et des pollutions qui font face à l'humanité.

    Cela fait partie de notre mode de vie, à nous, les Premiers Peuples, que nous ne devrions pas prendre plus que nous n'avons besoin. Cela fait partie des enseignements des Chrétiens, des Musulmans et des Bouddhistes. Ne pas prendre plus que nous n'avons besoin est une leçon de base fondamentale à toutes les principales approches de la spiritualité dans le monde. L'on nous apprend aussi, dans notre peuple, que lorsque vous prenez quelque chose à la Terre, vous devez lui donner quelque chose en  retour. L'humanité a contracté une grande dette envers la Terre et envers la Nature, et que nous aimions cela ou non, que nous le reconnaissions ou non, cette dette sera remboursée d'une manière ou d'une autre.

    Lorsque les gens déclenchent des explosions sous la Terre, cette Terre que nous appelons notre Mère, lorsqu'ils fabriquent des poisons, des radiations et d'autres produits mortels, et qu'ils les placent à l'intérieur de notre mère, alors ils provoquent des avortements dans toute la nature, y compris chez les humains. Cela peut paraître peu scientifique et plutôt simpliste, mais c'est une vérité et cette vérité est en train d'éclore au grand jour pour toute l'humanité. Nous la voyons dans les fausses-couches que font les animaux, les poissons de l'océan, les oiseaux du ciel et les reptiles. Nous la voyons dans nos eaux et dans notre air. Nous devons trouver un moyen d'arrêter ces corporations dont les dirigeants vivent dans des penthouses et des chalets à air conditionné, dans un environnement artificiel qu'eux seuls peuvent supporter.

    Nous devons les convaincre par tous les moyens dont nous disposons de respecter notre Terre et de nous respecter, nous, et ne pas leur permettre de détruire notre Mère la Terre avec la fracturation hydraulique, des oléoducs remplis de pétrole qui traversent nos terres, des plate-formes en acier qui déversent du pétrole dans l'océan, ou des pesticides qui tuent les abeilles et suppriment la chaîne alimentaire des oiseaux. Notre Mère la Terre est une création vivante et nous faisons tous partie de ce cercle de vie, dépendants tous les uns des autres. À chaque fois que j'allume la télévision dans la pièce commune ou que j'ouvre un quelconque magazine international, je lis sur le sujet et vois l'évidence de cette destruction.

    Je sais que, parfois, nous avons l'impression qu'il n'y a rien à faire ; mais c'est faux : si chacun d'entre nous fait quelque chose, alors ensemble nous pourrons effectuer et effectuerons un changement. Cela pourra être en organisant une manifestation et en portant un signe, ou bien en écrivant à votre sénateur ou député du Congrès2, ou bien encore en votant pour une personne qui soutient l'énergie naturelle ou durable venant du vent, du soleil ou d'autres sources.

    Quoi que vous choisissiez de faire, choisissez quelque chose, faites la différence, faites que votre vie compte pour quelque chose. À l'heure actuelle, dans divers endroits des États-Unis et du Canada, il y a des gens de tous les âges et de toutes les races qui essaient d'arrêter ces oléoducs qui charrieront de la boue et cette fraction hydraulique qui déclenche des explosions sous la Terre, causant aussi des tremblements et des failles. Cela constitue un danger immédiat, il est très réel et vous pouvez faire quelque chose à son sujet.

    Je voudrais vous rappeler que si ce n'étaient pas des gens comme vous-mêmes qui s'étaient levés pour faire quelque chose, nous n'aurions pas de forêts nationales, de séquoias, il n'y aurait pas d'animaux et diverses autres formes de vie, il n'y aurait pas de Parc Yellowstone3 et beaucoup plus d'espèces animales qu'aujourd'hui se seraient complètement éteintes.

    Aussi, je vous assure que se lever fait la différence. La manière dont nous prions le Créateur pour de l'aide et dont nous le remercions pour ce que nous avons est important ; mais ce qui est vraiment plus important, c'est que vous démontriez votre foi et votre croyance. Vous les démontrez en protégeant et en respectant cette vraie nature, la Terre où il nous a été donné de vivre. Ce que vous êtes n'est pas défini par ce que vous faites lorsque tout est en équilibre, ce que vous êtes est défini par ce que vous faites quand vous vous trouvez face au déséquilibre, à un défi qui requiert un sacrifice ou une sorte de force intrinsèque que l'on appelle le courage. C'est cela qui vous définit. 

    Je ne suis pas dans cette prison pour avoir fait quelque chose de mal. Je suis en prison parce que je faisais partie d'un peuple qui a tenté de redresser un tort. Je suis dans cette prison sur la foi d'une déclaration qui avait été effectuée par les forces d'un gouvernement contrôlé par une corporation, laquelle voulait nous dire : « Abandonnez vos ressources, abandonnez votre liberté, ne vous dressez pas contre nous ! Ça, ça a été leur message pour me garder ici. »

    Je voudrais  vous dire sincèrement que la prison n'est pas un endroit facile où vivre. C'est un endroit terrible, mais le jour où j'ai choisi de répondre à l'appel des autres Autochtones, bon nombre d'entre nous ont fait le vœu de se lever, même jusqu'à la mort si c'était nécessaire. Quelques-uns d'entre eux ont été tués par balles, perdant instantanément la vie. Mais si c'était à recommencer, je choisirais encore de me lever pour mon peuple, pour votre peuple et pour les générations futures, afin de protéger nos libertés et notre Mère la Terre ; et en faisant cela, je suis honoré que vous vous souveniez de moi. Je voudrais vous remercier pour ce souvenir, pour le souvenir de tous ceux qui ont agi avant moi, qui agissent comme moi, et qui savent qu'il y en aura d'autres qui agiront dans l'avenir.

    Je ne puis vous assurer que ces choix vous rendront toujours heureux, qu'ils ne vous blesseront pas ou ne vous causeront pas de moments de dépression ou de chagrin ; mais je puis vous affirmer qu'il existe une proximité avec le Créateur qui est comme une sensation de bien-être que vous ne pourrez jamais connaître ailleurs, que  personne ne pourra vous enlever, et qui en vaudra vraiment la peine. 

    Je dis aujourd'hui ces choses-là car je reçois désormais beaucoup de lettres et  de communications provenant de groupes, dans tout le pays, qui font face à des crises à l'intérieur de leurs organisations parce qu'ils essaient d'arrêter ces pollutions et ces destructions. Comme par le passé, je voudrais vous encourager à faire de votre mieux ce qui est bien et à corriger ce qui est mauvais, à protéger ce que nous possédons et à récupérer ce que nous avons perdu.

    Je voudrais vous remercier pour votre soutien et que vous sachiez qu'aussi longtemps que je marcherai sur cette terre et aurai quelque chose à dire, ce comitéet moi-même ferons notre possible pour agir toujours de façon juste.

    Dans l'esprit de Crazy Horse,

    Très sincèrement,

    Leonard Peltier
    Mitakuye Oyasin 


    Cette lettre m'a été aimablement communiquée par Team Freedom (L'Équipe Liberté). Pour plus d'informations, veuillez consulter le site web http://www.leonardpeltier.info (en anglais), ainsi que les pages Facebook consacrées à Leonard Peltier.

    NOTES

    1. Leonard Peltier (1944-). Leader, artiste-peintre et prisonnier politique autochtone. Né à Grand Forks (Dakota du Nord, États-Unis), il est membre des Nations lakota-sioux, anishinabé et chippewa, et a une ascendance canadienne-française. Dans les années 1970, il joua un rôle important  au sein de l'American Indian Movement (Mouvement des Indiens Américains) dans le réveil de la conscience autochtone et des revendications socio-économiques et culturelles de son peuple. En 1976, il fut accusé du meurtre de deux policiers fédéraux qui avait eu lieu à Pine Ridge (Dakota du Sud), lors de la commémoration du massacre des Sioux de Wounded Knee (1890), et condamné sans preuves éloquentes à deux peines d'emprisonnement à perpétuité. Malgré la pression exercée par de plus en plus de membres de la Justice, de militants, de personnalités et d'organisatons internationales, il n'a toujours pas obtenu de révision de son procès ni sa libération : il est actuellement détenu au pénitencier de Coleman (Floride). Dans son émouvant ouvrage, Le Combat d'un Indien - Écrits de prison (Éditions Albin-Michel, Paris, 2000), il retrace son parcours tout en clamant son innocence, son seul crime étant, selon lui, celui d'être «un Indien».  

    2. Aux États-Unis. Les députés de la Chambre des Communes au Canada.

    3. Le Parc Yellowstone est situé au nord-ouest du Wyioming, empiétant sur le Montana et l'Idaho.

    4. Le Leonard Peltier Offense Defence Committee  (le Comité de Défense offensive Leonard-Peltier).

    On peut le rejoindre sur Facebook-->Leonard Peltier Defense Offense Committee 

     

    © Leonard Peltier - Site web leonardpeltier.info - 

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