• « Je m'autorise à croire que je peux vivre assez longtemps

    du site d'ISMENE TOUSSAINT

     
    Tableau de Leonard Peltier

    « JE M'AUTORISE À CROIRE QUE JE PEUX VIVRE ASSEZ LONGTEMPS POUR FRANCHIR LES PORTES DE CETTE CAGE DE BÉTON ET D'ACIER...»

    PAR LEONARD PELTIER1 (26 JUIN 2021)

    (TRADUIT DE L'ANGLAIS ET ANNOTÉ PAR ISMÈNE TOUSSAINT)

    Salutations, mes proches,

    Une année s’est écoulée depuis que j’ai eu la possibilité de vous écrire.

    L’an passé a été tellement dur pour nous tous. Nous avons perdu deux de nos plus grands hommes. En décembre, mon frère Tom Poor Bear (Tom Pauvre Ours)2, du Covid, et à présent, nous avons perdu mon frère et mon enseignant, le Chef Leonard Crow Dog (Leonard Chien-Corbeau)3. Tous deux étaient à l’origine et au cœur du Mouvement des Indiens Américains (Indian American Movement)4, et ils étaient bien sûr en charge des traités.

    C’étaient deux grands hommes, qui ont tant fait pour notre peuple, et le monde semble très différent aujourd'hui, sans eux.
    Les souvenirs que j’ai d’eux sont clairs, forts, et je leur porte le plus haut respect.

    Je sais que le Covid a été dévastateur et qu’il a causé de grandes souffrances en Pays indien : je prie pour que tout cela se termine.
    J’envoie mes sincères condoléances et mon amour à tous nos gens, qui ont perdu des proches et des amis l’année dernière.

    Et ma sœur Belva5 nous a quittés, elle aussi. C'était une puissante protectrice de l’eau et une vétéran de Wounded Knee. Elle n’a jamais arrêté de travailler pour les gens et pour moi... même si elle était très malade. Je lui suis reconnaissante de l’amour et du soutien qu’elle m’a apportés ces dernières années.
    J’envoie mon amour et mes condoléances à toute sa famille et à tous ses amis, ainsi qu’à son peuple d'Oglala, en cette triste période.

    Comme pour moi... l’an passé, la prison a été presque constamment confinée à cause du Covid et de la violence des gangs. Cela a été dur pour moi et pour ceux qui sont entreposés (sic) ici. C'était presque comme si nous avions été dans un trou pendant des mois... Presque.

    J’ai plein espoir qu’on finisse par ramener le Covid sous contrôle. Et que les choses iront mieux pour notre peuple dans les jours et les mois à venir.

    Je voudrais adresser des prières de réconfort à mon frère Edgar Bear Runner (Edgar Coureur d’Ours)6, qui se bat à son tour contre cette maladie.

    Je suis si fier de mon jeune frère Kevin Killer7, qui, je le sais, sera un directeur tribal fort et honnête pour le peuple lakota oglala. Je lui envoie mes prières et mon soutien pour le dur travail qu’il a entrepris, et aussi ma gratitude pour le sacrifice qu’il fait pour notre peuple.

    Je m’autorise à redevenir plein d’espoir et à croire que je peux vivre assez longtemps pour franchir les portes de de cette cage de béton et d’acier... Mes problèmes de santé continuent à s’accumuler mais j’essaie très fort de prendre soin de moi dans cet endroit, de façon à ce que je puisse vivre suffisamment longtemps pour sortir d’ici sur mes deux pieds.

    Je suis profondément reconnaissant à tous ceux d’entre vous qui se sont rassemblés chaque année pour se souvenir de moi et de tout ce qui avait été perdu et gagné le 26 juin 19758.
    Je dis « Merci » à tous mes chers amis, qui continuent à organiser cette journée annuelle. Aux coureurs, aux cavaliers, et bien-sûr aux aînés qui viennent encore.

    J’espère qu’un jour, je pourrai être là avec vous, que je pourrai chanter, prier et manger avec vous tous.

    Je demeure votre Frère et garderai mon espoir vivant pour vous tous.

    Doksha (Salutations)

    Leonard

    Site du Comité international pour la défense de Leonard Peltier (International Leonard Peltier Defense Committee) : https://www.whoisleonardpeltier.info/

    NOTES

    1. Leonard Peltier (1944-). Leader, artiste-peintre et prisonnier politique autochtone. Né à Grand Forks (Dakota du Nord), ce membre des Nations sioux lakota, anishinabée et chippewa, d'ascendance métisse canadienne française, joua un rôle important dans les années 1970 au sein de l'American Indian Movement (AIM, Mouvement des Indiens américains), dans le réveil de la fierté autochtone et des revendications des siens. En 1975, il fut accusé du meurtre de deux policiers fédéraux qui avait eu lieu dans la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud), lors de la commémoration du massacre des Sioux de Wounded Knee (1890), puis condamné sans preuves en 1977 à deux peines d'emprisonnement à perpétuité. Malgré la pression internationale, il est toujours détenu au pénitencier de Coleman (Floride).

    2. Tom Poor Bear (Tom Pauvre Ours ; 1954-2020). Leader de la Nation Sioux lakota-oglala aux États-Unis. Né à Chicago (Illinois), il grandit sur la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud) et intégra dès l'âge de 16 ans le Mouvement des Indiens Américains (American Indian Movement ; fondé en 1968). En novembre 1972, il s’enfuit du pensionnat pour en rejoindre les membres, qui occupèrent une semaine durant le Bureau des Affaires indiennes à Washington (District of Columbia, DC), pour tenter de régler la question des traités qui avaient été brisés au fil de l’Histoire. En 1999, suite au meurtre de son frère et de son cousin, il commença à lutter contre la vente d’alcool aux Autochtones de Pine Ridge et de Whiteclay (Nebraska), et parvint quelques années plus tard à faire fermer les magasins de bière de cette ville. Au cours de sa vice-présidence de la Nation lakota, il s’illustra notamment en organisant des marches destinées à rendre justice aux deux membres de sa famille assassinés, ainsi qu’aux Autochtones qui étaient battus en toute impunité par des Blancs. Il participa également à des manifestations contre le projet d’implantation du pipeline Keystone XL, qui lui valurent plusieurs arrestations et un emprisonnement à Washington. En 2004, lors d’un meeting du président des États-Unis à Denver (Colorado), il réussit à attirer son attention sur ce sujet : en 2015, Barrack Obama devait rejeter l'entreprise controversée, mais sa décision fut renversée par son successeur, Donald Trump. Tom Poor Bear mourut du coronavirus (Covid-19) le 13 décembre 2020 à l’hôpital de Greeley (Colorado) et fut enterré à Wounded Knee (Dakota du Sud), qui avait été le théâtre du massacre des Sioux en 1890.

    3. Leonard Crow Dog (Leonard Chien-Corbeau ; 1942-2021). Chef spirituel sioux lakota sicangu (Brûlé), homme-médecine de la 6e génération des Crow Dogs, et conseiller tribal. Fils de l’homme-médecine Henry Crow Dog (1899-1985), il naquit sur la réserve de Rosebud (Dakota du Sud) et étudia la langue et les traditions de son peuple auprès de son père et des aînés oglalas. En 1970, devenu le leader spirituel du Mouvement des Indiens américains (American Indian Movement, AIM), qui, fondé deux ans plus tôt, avait sonné le réveil de la culture et des revendications autochtones, il joua un rôle majeur en son sein : participation à la grande marche sur Washington, D.C. (The Trail of The Broken Treaties, La Piste des traités brisés), destinée à attirer l’attention du président des États-Unis sur les problèmes de ses compatriotes (1972) ; organisation de manifestations contre les crimes haineux perpétrés à l’égard des Lakotas ; mise en forme de projets de loi, tels l’Acte d’auto-détermination et d’éducation des Indiens (1975) et l’Acte de liberté religieuse des Indiens américains (1978), pour ne citer que quelques-unes de ses actions. En 1973, il conduisit les négociations entre les autorités fédérales et les militants de l’AIM qui, après avoir pris des otages, occupèrent 71 jours durant le théâtre du massacre des Sioux (1890), Wounded Knee, sur la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud). Deux ans plus tard, il y fut arrêté après la fusillade qui avait opposé la police et les Autochtones venus commémorer le même génocide, faisant deux morts parmi les agents fédéraux, et écopa de deux années de prison pour cause de « solidarité » avec les siens. À partir des années 1980, il dirigea de nombreuses cérémonies dans les tribus de sa région et du Sud-Ouest, dont celle des Navajos, à Big Mountain (la Grande Montagne, Arizona), remettant notamment à l'honneur la danse du Soleil et celle des Esprits (Ghost Dance). 

    4. L'American Indian Movement (AIM ; le Mouvement des Indiens Américains) fut fondé en 1968 à Minneapolis (Minnesota) par George Mitchell, Dennis Banks, Eddy B. Banai et Clyde Bellecourt, pour défendre les droits des Autochtones. Au nombre de leurs revendications figuraient la restauration des traités brisés, la restitution des terres, la souveraineté tribale, la conservation de leurs cultures, ainsi que des conditions d’accès décentes aux soins médicaux, au logement et à l’éducation. Le mouvement se signala par l’occupation de plusieurs endroits : l’île d’Alcatraz (Californie), de novembre 1969 à juin 1971 ; le Bureau des Affaires indiennes à Washington (District de Columbia, DC), en novembre 1972, pendant une semaine ; et en février 1973, par un siège de 71 jours accompagné d'une prise d’otages dans la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud), qui avait été le théâtre du massacre des Sioux de Wounded Knee en 1890. Le 26 juin 1975, lors d'une commémoration de ce génocide sur les mêmes lieux, une fusillade qui fit deux victimes parmi les agents fédéraux entraîna l'arrestation arbitraire du militant Leonard Peltier (31 ans), puis sa condamnation pour meurtres à la prison à perpétuité. Malgré sa scission en deux factions depuis 1993, le mouvement continue aujourd’hui à préserver les intérêts des Autochtones et à faire vivre leurs pratiques culturelles et spirituelles. 

    5. Il s'agit de Belva Matilda Janis, née en 1958 à Miami (Oklahoma) et décédée en novembre 2020 à Joplin (Montana), soit à l'âge de 62 ans. Cette membre lakota oglala du Mouvement des Indiens Américains (American Indian Movement, AIM ; fondé en 1968), mère de deux enfants, n'avait que 17 ans lorsque elle fut plongée dans la tragédie connue sous le nom d' «Incident d'Oglala» : le 26 juin 1975, lors de la commémoration du massacre des Sioux de Wounded Knee (1890) sur la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud), le meurtre de deux agents fédéraux provoqua une fusillade entre les Autochtones et les autorités policières, qui dura toute la journée. Elle aboutit à la condamnation arbitraire à la prison à perpétuité de Leonard Peltier (1944-), militant de l'AIM, dont Belva M. Janis devait soutenir la cause sa vie durant.

    6. Edgar Bear Runner (Edgar Coureur d'Ours, 1951-). Militant sioux lakota. Né à Porcupine (Dakota du Sud), il s'engagea dès l'adolescence dans le Mouvement des Indiens Américains (American Indian Movement, AIM ; fondé en 1968) et participa aux nombreuses actions du groupe. Le 26 juin 1975, lors de « l'Incident d'Oglala », où le meurtre de deux agents fédéraux déclencha une fusillade entre les autorités policières et les Autochtones sur la réserve de Pine Ridge (même Etat), il négocia avec ces derniers en vue d'une résolution pacifique du conflit. Toutefois, il fut répertorié - à tort - par le FBI comme l'un des premiers suspects de la tuerie. Défenseur de maintes causes, il fit partie de ceux qui refusèrent l'argent du gouvernement des États-Unis en échange de la cession des terres sacrées des Black Hills (Collines Noires, Montana). Il est également un ardent partisan de l'innocence de Leonard Peltier (1944-), militant sioux lakota qui fut condamné en 1977 à la prison à perpétuité pour le double meurtre susmentionné. 

    7. Kevin Killer (1978-). Militant et homme politique sioux oglala. Né à Denver (Colorado),  il passa de fréquents étés sur la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud). Adhérent du Parti démocrate, il fut élu membre de la Chambre des représentants du Dakota du Sud de 2009 à 2017, puis membre du Sénat du même État de 2017 à 2019 (pour le 27e district). Également directeur de l'Alliance des Jeunes leaders autochtones américains (Native American Youth Leadership Alliance), il a été nommé en novembre 2020 président de la tribu des Sioux Oglalas. 

    8. « L'Incident d'Oglala » ayant eu lieu le 26 juin 1975, on commémore chaque année ce drame à la même date et à l'endroit éponyme, sur la réserve de Pine Ridge (Dakota du Sud). Depuis 2001, on y célèbre également la Journée Leonard-Peltier. Cette année, le «Leonard Peltier Freedom Ride 2021» (Chevauchée 2021 pour la Liberté de Leonard Peltier) a attiré de nombreux cavaliers autochtones, qui se sont rendus jusqu'à Washington, DC, afin de réclamer la libération du militant et de faire prendre conscience au public des piètres conditions de vie des habitants de la réserve de Pine Ridge.

     

     

    © Leonard Peltier

     

     

     

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